Cette accélération repose sur des leviers connus : efficacité énergétique, sortie progressive des énergies fossiles, transformation des procédés industriels. Mais leur mise en œuvre soulève des arbitrages complexes, entre investissements, compétitivité et continuité de production.
La décarbonation n’est donc plus uniquement un sujet environnemental. Elle devient un sujet de stratégie industrielle, de choix technologiques et de positionnement marché.
Bilan carbone et empreinte produit : deux niveaux de pilotage complémentaires
Pour beaucoup d’industriels, la première étape consiste à établir un
bilan carbone global de l’entreprise. Cet exercice est indispensable, mais il ne suffit plus.
Jean-Christophe Beau, consultant en stratégie RSE et décarbonation, le rappelle clairement : “Le bilan carbone, c’est recenser, qualifier et mettre en place un plan d’action.”
À ce pilotage global s’ajoute désormais une exigence croissante : le calcul de l’empreinte carbone des produits. Cette dimension devient déterminante dans les relations clients, notamment lorsque les donneurs d’ordre doivent intégrer les émissions de leurs fournisseurs dans leur propre
Scope 3.
L’empreinte produit oblige à descendre dans le détail : matières premières, procédés de fabrication, énergie consommée, logistique et parfois même usage et fin de vie. Elle transforme la décarbonation en un sujet opérationnel, directement lié aux choix industriels et à la compétitivité des offres.
La donnée carbone : principal frein, mais aussi principal levier
Sur le terrain, les difficultés rencontrées par les industriels sont rarement liées au manque de volonté. Elles tiennent avant tout à la complexité de la donnée.
Franck Wantiez, responsable produit au sein du Groupe Kardol, souligne un point souvent sous-estimé : “Ce n’est pas le paramétrage de la solution qui prend du temps, mais la recherche et la qualification des données.”
La collecte des informations nécessaires, notamment sur les flux entrants et les facteurs d’émission, mobilise de nombreuses fonctions de l’entreprise. Le défi est encore plus marqué sur les émissions indirectes, en particulier celles liées aux fournisseurs. Obtenir des données fiables sur l’empreinte des produits achetés reste difficile, surtout lorsque l’entreprise ne représente pas un client stratégique pour ses partenaires.
Pourtant, cette contrainte devient aussi un levier. Les entreprises capables de structurer, fiabiliser et partager leurs données carbone répondent plus facilement aux attentes du marché, sécurisent leurs relations commerciales et renforcent leur crédibilité auprès des financeurs.
Pourquoi l’ERP s’impose comme un socle de pilotage carbone
Dans cette équation, l’ERP occupe une position centrale. Véritable colonne vertébrale du système d’information, il concentre déjà la majorité des données nécessaires au calcul des impacts environnementaux : nomenclatures, gammes, consommations, volumes de production, flux logistiques, données achats.